Quelle eau boire ?

L’eau, un élément vital

L’eau est notre tout premier aliment, et nous l’oublions trop souvent. Car tout comme l’air, l’eau est un élément vital dont aucun être vivant ne peut se passer. Nous devrions en boire 1 à 2 litres par jour, selon la corpulence, l’âge, les saisons, afin de profiter pleinement de tous ses bienfaits pour notre corps : drainage, hydratation et purification.
Le corps humain d’un adulte étant composé à 65% d’eau avec une variation décroissante du nourrisson au vieillard et une proportion variable à l’intérieur de l’organisme (de 1% dans l’ivoire des dents à 90% dans le plasma sanguin), boire de l’eau et précisons, boire une eau saine participe incontestablement à préserver une bonne santé. Mais, il est important de distinguer l’eau des autres boissons.
Dans leurs travaux consacrés à l’eau Joseph Zerluth et Michael Gienger(1) proposent une classification des boissons en 3 catégories : positives, neutres ou négatives, ces qualifications déterminant les variations qu’elles entraînent sur le bilan hydrique de l’organisme. Les boissons positives apportent à l’organisme de l’eau qu’il peut utiliser tandis que les boissons négatives font consommer plus d’eau au corps humain qu’elles ne lui en apportent. Les boissons neutres n’entraînent aucun changement sur le bilan hydrique. Parmi les boissons neutres, figurent les infusions fruitées, certaines tisanes et quelques jus de fruit. Café, thés noir ou vert, tisanes diurétiques, boissons à base de colas, sodas, boissons alcoolisées sont autant de boissons négatives. Seule l’eau, sans gaz carbonique, est une boisson positive.
Mais quelle eau boire ?

L’eau potable est-elle une eau saine ?

Voici la définition du CNRS pour l’eau potable : « Une eau potable est une eau que l’on peut boire sans risque pour la santé. Afin de définir précisément une eau potable, des normes ont été établies qui fixent notamment les teneurs limites à ne pas dépasser pour un certain nombre de substances nocives et susceptibles d’être présentes dans l’eau. Le fait qu’une eau soit conforme aux normes, c’est-à-dire potable, ne signifie donc pas qu’elle soit exempte de matières polluantes, mais que leur concentration a été jugée suffisamment faible pour ne pas mettre en danger la santé du consommateur ».
Il est donc affirmé que l’eau dite potable est sans danger pour la santé. Mais comment ne pas s’interroger en lisant ceci quelques lignes plus tard  : « Il est cependant impossible à l’heure actuelle de quantifier les effets à long terme des substances cancérogènes, lesquels n’apparaissent parfois qu’après plusieurs dizaines d’années, et de déterminer s’il existe un seuil en dessous duquel l’ingestion d’une telle substance serait sans effet ».
Ainsi les normes qui fixent les limites de concentration des substances pathogènes (bactéries, virus, germes), des substances chimiques (matière toxique, nitrates, phosphates, métaux lourds et hydrocarbures), des pesticides et herbicides etc. le sont pour une donnée d’analyse et d’étude à court terme.
Difficile d’être rassurés quand on sait que boire de l’eau est une nécessité tout au long de la vie.

Les normes en vigueur qui réglementent la potabilité de l’eau portent sur 63 paramètres divisé en 7 groupes : paramètres organoleptiques (pas d’intérêt sanitaire), paramètres physico-chimiques (pas d’intérêt sanitaire), paramètres des substances indésirables (intérêt sanitaire pour certains comme les nitrates, le fluor), paramètres des substances toxiques, paramètre microbiologiques, pesticides et produits apparentés, paramètres concernant les eaux adoucies ou déminéralisées.

Robinet d'eau

Dans la réglementation des eaux potables, il est dit que le chlore utilisé dans l’eau potable « ne présente aucun risque sur le plan sanitaire ». Efficace et peu onéreux, le chlore est le désinfectant le plus utilisé pour l’élimination des germes pathogènes. Cependant, en présence de certaines matières organiques contenues dans l’eau, le chlore, comme mentionné sur la fiche de toxicologie de l’INRS(2), peut former des composés chimiques, les THM (Tri Halo Méthnes) potentiellement cancérogènes.
Concernant les paramètres dits indésirables, toxiques ou pesticides et apparentés, toujours dans le cadre de cette réglementation, il est analysé une cinquantaine d’éléments, groupe d’éléments ou molécules. Or le nombre des composés chimiques existant est passé de quelques dizaines au XIXe siècle à plusieurs centaines de mille(3) aujourd’hui, dont un grand nombre se retrouvent dans l’environnement et donc dans l’eau.
Après avoir démontré la corrélation entre la concentration en œstrogènes (issus des résidus contraceptifs) dans l’eau des rivières et les perturbations du sex ratio chez des populations de poissons sauvages (réduction de la proportion des poissons mâles), la biologiste Susan Jobling(4) avec une équipe de chercheurs britanniques ont mis en évidence l’action de produits de synthèse à effets anti-androgène comme autre cause de ces bouleversements. Ces substances sont exploitées dans un grand nombre de produits : fongicides, antibactériens, parabène, conservateurs utilisés en cosmétiques et dans l’alimentation.
Des résidus de ces molécules peuvent se retrouver dans l’eau du robinet que nous buvons car les stations de filtrations n’ont pas été conçues pour ces particules extrêmement fines.
Selon une enquête de l’Anses, 25% des eaux du robinet en France contiennent des traces de médicaments : sur 45 molécules recherchées, 19 molécules ont été détectées au moins une fois, dont 14 à des teneurs supérieures aux limites de quantification. Ainsi, dans le cadre du plan national santé environnement 2, un volet sur les résidus médicamenteux dans l’eau (PRNM) a été prévu afin d’améliorer les connaissances et réduire les risques liés aux rejets de médicaments dans l’environnement.

Sur le plan de la radioactivité, les éléments mesurés sont aussi incomplets. Malgré la directive 98/83/CE du Conseil de l’Union Européenne du 3 novembre 1998, relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine qui incite à la mesure de la radioactivité, le gaz radon, gaz radioactif issu de la désintégration du radium contenu dans le sol, en est totalement exclu.

Paramètre eau directive radioactivité
Et les eaux en bouteille ?

De nombreux consommateurs font le choix de boire des eaux de sources embouteillées ou des eaux minérales plutôt que l’eau du robinet. Il est vrai qu’à la source, ces eaux ont la réputation d’être plus pures.
Cependant une étude récente menée conjointement par la revue 60 Millions de consommateurs et la fondation Danielle Mitterrand France Libertés,  a révélé que les eaux en bouteilles n’échappent pas à la pollution chimique. Sur 47 échantillons de bouteilles d’eau de différentes marques et 85 molécules recherchées, 10 comportaient des résidus de pesticides et de médicaments et, 10% ont présenté des traces de tamoxifène, une hormone de synthèse utilisée dans le traitement du cancer du sein.
De plus les contenants généralement en plastique de ces eaux posent deux problèmes.
Le premier, la migration dans l’eau de particules de synthèses utilisées dans la fabrication des plastiques : phtalates, styrène, Bisphénol A. Les effets de ces différentes molécules à dose extrêmement faible et ingérées pendant une longue période sont peu connus, et pire encore les effets cocktails, c’est-à-dire les synergies entre toutes ces molécules, le sont encore moins.

Déchets bouteille plastiqueLe deuxième, c’est évidemment l’impact écologique des eaux en bouteilles, tant du point de vu du transport (des millions de bouteilles acheminées des sources vers les très nombreux et parfois très éloignés points de distribution), que de la fabrication du plastique, énergivore et productrice de gaz à effet de serre. Sans oublier  le problème que pose le recyclage des ces matières plastiques dont les filières existent certes, mais qui nécessite encore une fois une grande dépense d’énergie et d’eau.

Comment boire une eau de qualité chez soi ?

La filtration en fin de circuit est une solution intéressante autant du point vu écologique et économique que sur le plan sanitaire. Cette filtration peut prendre différentes formes : les carafes filtrantes simples et accessibles, les filtres sur évier pratiques et efficaces, les filtres par gravité  pour une filtration de qualité libérée de tout branchement, les osmoseurs hautement performants, ou les centrales de filtrations, les plus complètes mais plus coûteuses.
Chacun de ces systèmes de filtration a pour but d’améliorer la qualité d’eau, juste avant de la consommer, en filtrant un maximum de particules fines.

De nombreux appareils de filtration utilisent le charbon actif comme medium de filtration, à plus ou moins forte densité. Le charbon actif, par son fort pouvoir d’adsorption attire dans ses micropores, de nombreux polluants : produits chimiques organiques volatils, pesticides et herbicides, chlore, benzène, dissolvants et autres molécules chimiques de synthèses, résidus d’hydrocarbure et, il semble même capable de retenir en partie le radon dissout dans l’eau.
Les produits de filtration usant de charbon actif sont généralement simples à mettre en place, abordables en prix et efficaces dès l’instant que l’utilisateur observe parfaitement les temps de remplacement des filtres, annoncés par le fabricant.
L’autre méthode, une des plus performantes, est basée sur le phénomène naturel d’osmose adapté à la filtration de l’eau du réseau. Cette technique d’osmose inverse est si efficace qu’elle permet à la ville d’Huntington Beach en Californie de transformer ses eaux usées en eau potable.

Enfin, sachez qu’il est possible d’avoir accès à tout moment aux tests officiels complets sur votre eau de réseau en vous rendant dans votre mairie (les mesures doivent y être affichées) ou sur le site : http://www.sante.gouv.fr/resultats-du-controle-sanitaire-de-la-qualite-de-l-eau-potable.html

(1)”L’eau et ses secrets” Joseph Zerluth et Michael Gienger ed.Éditions désirs
(2)Page 4 du carnet que vous pouvez télécharger sur http://www.inrs.fr/accueil/produits/bdd/doc/fichetox.html?refINRS=FT%2051(2) http://ressources.campusfrance.org/catalogues_recherche/recherche/fr/rech_chimie_fr.pdf
(3) http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/actu/d/zoologie-feminisation-poissons-rivieres-nouveaux-produits-cause-18015/

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